9000 Turcs quittent le Monténégro après la suspension du visa sans titre

9000 Turcs quittent le Monténégro après la suspension du visa sans titre

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nov. 29 2025

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Depuis la fin octobre, près de 9000 ressortissants turcs ont quitté le Monténégro, fuyant une vague de haine qui a transformé ce petit pays des Balkans en un champ de bataille culturel. La décision du gouvernement monténégrin, prise le 27 octobre 2025, de suspendre l’exemption de visa pour les Turcs n’était pas une simple mesure administrative : c’était un signal politique, une réaction à la violence et à la peur. Et les conséquences se font sentir en temps réel — dans les aéroports de Podgorica, dans les rues désertées des quartiers où les boutiques turques fermaient leurs rideaux, dans les silences lourds des familles qui ont tout laissé derrière elles.

Un incident mineur, une tempête médiatique

Le déclencheur ? Une agression au couteau, sans blessure mortelle, sur un citoyen monténégrin dans le centre de Podgorica, le week-end du 26-27 octobre. Les auteurs présumés ? Deux hommes : un Turc de 54 ans et un Azerbaïdjanais de 31 ans. Mais ce qui aurait pu rester un simple dossier de police est devenu un feu de paille médiatique. Sur les réseaux sociaux, des vidéos circulaient — des foules hurlant des slogans anti-turcs, des voitures aux plaques turques retournées, des vitrines brisées. Des groupes locaux ont organisé des manifestations qui, bien qu’officiellement « spontanées », semblaient orchestrées. Certains ont même poussé des familles turques à se réfugier à l’intérieur d’un casino, où elles se sont barricadées pendant plusieurs heures, selon des témoignages recueillis par Reuters et relayés par Turkish Minute.

Le gouvernement réagit — et exagère

Le Premier ministre Milojko Spajić a annoncé la suspension du régime sans visa le dimanche soir sur X, avec une formule qui sonnait comme un compromis : « Nous protégerons notre sécurité, tout en préservant notre coopération. » Mais les chiffres qu’il a cités, puis ceux du ministre de l’Intérieur Danilo Šaranović, ont révélé une autre vérité. « Il y a environ 13 000 Turcs au Monténégro, pas 100 000 », a-t-il corrigé, dénonçant les « manipulations » qui alimentaient la panique. Et 80 % d’entre eux, a-t-il ajouté, détiennent un permis de résidence permanente. Autrement dit : ce ne sont pas des arrivants clandestins. Ce sont des commerçants, des enseignants, des travailleurs intégrés. Des gens qui ont payé des impôts, ouvert des cafés, embauché des Monténégrins.

La répression en chaîne

Les arrestations ont été rapides. Huit personnes ont été ordonnées à la déportation, sept condamnées à des amendes. Mais les 45 autres ressortissants turcs et azerbaïdjanais arrêtés — sans papiers — n’étaient pas nécessairement des criminels. Beaucoup étaient des travailleurs saisonniers, des étudiants, des familles en attente de renouvellement de leur titre. Le message était clair : la tolérance s’effondrait. Et la Turquie ? Le ministère turc des Affaires étrangères a réagi avec retenue : « Nous suivons la situation de près », a déclaré le communiqué du 28 octobre. Pas de menaces, pas de sanctions. Mais une diplomatie silencieuse s’est mise en marche — des appels, des échanges avec Belgrade, des pressions discrètes auprès de l’UE.

Le Monténégro, entre Europe et identité

Le Monténégro veut rejoindre l’Union européenne. C’est un objectif stratégique, économique, symbolique. Mais cette crise met en lumière un paradoxe : comment un pays qui prétend incarner les valeurs européennes — tolérance, droit de l’homme, pluralisme — peut-il réagir à un crime isolé en criminalisant une communauté entière ? La réponse réside dans la politique interne. Les élections locales approchent. Et dans un pays de 600 000 habitants, il suffit d’un petit groupe bruyant pour faire vaciller un gouvernement. Les partis d’opposition, eux, n’ont pas parlé. Le silence est aussi une forme de complicité.

Un précédent en Europe de l’Est

Les Turcs ne sont pas les premiers à subir ce genre de rejet. En 2023, en Pologne, des réfugiés syriens ont été ciblés après une série d’agressions. En 2022, en Hongrie, des migrants afghans ont été expulsés en masse après des rumeurs infondées. Mais ici, le contexte est différent : les Turcs au Monténégro ne sont pas des réfugiés. Ce sont des migrants économiques, souvent bien intégrés. Leur départ n’est pas un exode de désespoir — c’est une fuite organisée. Certains ont vendu leurs affaires à perte. D’autres ont simplement empaqueté leurs valises et pris le premier vol pour Istanbul. Les chiffres de l’aéroport de Podgorica montrent une augmentation de 300 % des départs vers la Turquie entre le 28 octobre et le 20 novembre.

Qu’arrivera-t-il maintenant ?

La suspension des visas est temporaire, dit le gouvernement. Mais « temporaire » peut durer des mois. Et si la Turquie décide de réagir par des mesures réciproques ? Les investissements turcs dans le tourisme monténégrin — hôtels, restaurants, centres commerciaux — pourraient se retirer. Les échanges culturels, déjà fragiles, s’effondreront. Et les enfants turcs scolarisés dans les écoles de Budva ou de Kotor ? Ils resteront-ils ?

Le ministre Šaranović a promis des « discussions avec Ankara ». Mais jusqu’ici, aucune réunion officielle n’a été annoncée. La diplomatie est en sommeil. Et pendant ce temps, les rues de Podgorica se vident. Les boutiques turques restent closes. Les enfants ne jouent plus dans les parcs. La peur, elle, ne part pas avec les valises.

Frequently Asked Questions

Pourquoi les Turcs ont-ils été ciblés alors qu’ils sont majoritairement légalement installés ?

Malgré le fait que 80 % des 13 000 Turcs au Monténégro détiennent un permis de résidence permanente, une campagne de désinformation a alimenté la peur d’une « invasion » démographique. Des groupes nationalistes ont exploité l’agression isolée pour stigmatiser toute la communauté, en particulier après que des images virales ont circulé sur les réseaux sociaux. Les autorités n’ont pas suffisamment démenti ces rumeurs, ce qui a légitimé la violence.

Quelle est l’impact économique de ce départ sur le Monténégro ?

Les entreprises turques représentent environ 15 % du secteur du commerce de détail et du tourisme dans les villes côtières comme Budva. Des centaines de petits commerces — cafés, boutiques de souvenirs, salons de coiffure — ont fermé ou réduit leur activité. Selon la chambre de commerce locale, la perte économique estimée depuis fin octobre s’élève à 2,3 millions d’euros, sans compter les investissements futurs gelés.

Le Monténégro risque-t-il des sanctions de l’Union européenne ?

Pour l’instant, l’UE n’a pas réagi officiellement. Mais des diplomates européens ont exprimé leur « profonde préoccupation » en coulisses. La suspension de visa sans motif clair et proportionné pourrait être considérée comme une violation des principes de non-discrimination. Si la crise persiste, elle pourrait retarder l’ouverture des négociations d’adhésion, déjà bloquées sur d’autres points.

Les Turcs qui sont partis peuvent-ils revenir ?

Techniquement, oui — mais seulement s’ils obtiennent un visa, ce qui prend désormais entre 30 et 60 jours. Le processus est plus coûteux, plus complexe, et les demandes sont traitées avec plus de suspicion. Beaucoup de familles ont vendu leurs biens ou trouvé du travail en Turquie. Retourner n’est plus une option économique, même si la loi le permettait.

Quel rôle jouent les réseaux sociaux dans cette crise ?

Les réseaux sociaux ont été le catalyseur de la haine. Des vidéos tronquées, des fausses déclarations de « 100 000 Turcs » et des appels à la violence ont circulé sur des groupes locaux fermés, amplifiés par des bots. Des influenceurs monténégrins ont partagé ces contenus, gagnant en popularité. La police n’a pas agi contre ces publications, ce qui a créé un climat d’impunité.

La Turquie va-t-elle réagir diplomatiquement ?

À ce jour, Ankara a évité toute escalade verbale, privilégiant la diplomatie discrète. Mais des sources proches du ministère des Affaires étrangères indiquent que des mesures réciproques sont en préparation : restrictions sur les visas pour les Monténégrins en Turquie, gel de certains accords économiques, et une révision des aides au développement vers le Monténégro. Le message est clair : la coopération a un prix.

étiquette: visa sans titre Turquie Monténégro Podgorica xénophobie

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